10.04.2008

L'interdiction de fumer ou le prolétariat bouté hors du troquet

Une nette majorité de la population a voté récemment la prohibition de la fumée dans les lieux publics. Sous couvert de ne viser que le bien-être du citoyen, l’interdiction de fumer sonne le glas des bars et des cafés populaires.

 

Avec l’augmentation drastique des loyers et la disparition des centres alternatifs, l’interdiction de fumer participe d’une tendance de fond qui voit disparaître du paysage urbain les diverses inscriptions de la culture populaire. De plus en plus, l’espace public se réduit à la seule circulation des marchandises, si bien que s’en trouvent expulsés ceux qui disposent d’un pouvoir d’achat modeste. Ce qui est nouveau, c’est que cette politique de l’espace ne s’avoue pas pour ce qu’elle est réellement, à savoir une reconquête par les classes moyennes-aisées de territoires auparavant délaissés. Bien au contraire, elle se justifie par une prise en charge, de la part des autorités, du bien-être de la population. On feint alors de regretter l’embourgeoisement du centre, et de considérer hypocritement celui-ci comme un dommage collatéral.

De la quête du bien-être individuel, en passant par le culte du corps jusqu’aux mesures écologiques et sanitaires, c’est en fait un nouveau rapport au corps qui s’impose progressivement et qui le propre d’une classe qui a les moyens d’investir de son temps et de son argent dans sa dérive culturiste. La petite bourgeoisie et tout particulièrement sa fraction citoyenniste devient ainsi la tête de pont de la néo-colonisation du centre, défrichant un terrain où d’autres, plus aisés, la rejoindront par la suite. La culture individualiste de l’esprit sain dans un corps sain s’est donc trouvée de nouveaux lieux où se déployer, et ce faisant elle désorganise les modes de sociabilité de la classe populaire, l’obligeant au retrait ou à la migration vers la périphérie.

Ce n’est pas l’ouvrier, en effet, qui se rend chez l’esthéticienne et mange des produits diététiques et c'est encore moins l'ouvrier qui assiste à des séminaires sur le bien-être, la sauvegarde de la planète ou encore le massacre des bébés phoques. Mais s’il n’adhère pas à cette culture, c’est alors cette culture qui va s’intéresser à lui. Médias et publicistes, politiques et associatifs, tous vont bientôt imposer les mêmes mots d’ordre – consommation éthique, commerce équitable, écologie évidemment citoyenne, démocratie planétaire, humanisme à gros sabots et langage politiquement correct.

Le vieux PMU, le café du Commerce ou celui des Cheminots – la clientèle qui fréquente ces espaces populaires est appelée à céder sa place. Les barbes hirsutes dont s’échappent des voix nasillardes et enrouées, des verres de rouge rituellement reposés sur le zinc et des clopes qui pendent au bec de bouilles ravinées, voilà des scènes de vie en voie d’extinction. Les Mimi, Dédé, Jacquot sont remplacés par des cols blancs stressés, qui boivent le plus sérieusement du monde une eau gazeuse en mangeant une banane certifiée « équitable ». Le dimanche, ce sont les familles qui s’en donnent à cœur joie et savourent l’air pur délesté de toute fumée en sermonnant leurs enfants qui gesticulent entre de riches touristes satisfaits de la tournure que prennent les événements. Les gars du coin ne viennent plus, le décor a changé et la serveuse a été remplacée par une jeune fille bien mise mais distante et professionnelle. Le rapport fondé sur l’empathie et l’écoute qu’y trouvaient les travailleurs se renverse alors en rapport où chacun est sommé de montrer de ce qu’il vaut dans le monde de la séduction marchande.

Interdire de fumer au nom de la santé publique est une broutille quand on sait la pollution générée par les industries, les transports, le tourisme et la généralisation du mode de vie occidental. Combien de cancers causés par les pesticides ? Que sait-on vraiment des nuisances causées par les micro-ondes des téléphones portables ? Combien de guerres, encore, pour assurer le gaspillage des ressources ?

Parlons aussi des magasins en ville de Genève. Les habituelles devantures bardées de produits sont remplacées par des vitrines austères qui mettent en avant la rareté et l’unicité de leurs articles. C’est à peine si trois sacs à main, deux peaux de bête et une demi paire de chaussures (valant le salaire mensuel d’une caissière) se laissent attraper par le regard des badauds. La concurrence exercée par les grands centres de distribution a conduit à la disparition des petits commerces, laissant la place à un type de commerce intéressant une clientèle aisée, soucieuse de se distinguer par un choix de consommation plus sélectif. L’espace public est ainsi voué à être occupé par les quartiers écologiques, les cafés branchés au design recherché, les galeries d’art contemporain et les boutiques de luxe.

L’interdiction de fumer s’inscrit dans un processus bien plus large qui a pour objectif d’empêcher les couches populaires de donner leur représentation sociale dans les lieux publics. Autrement dit elles ont perdu la capacité de se rendre visibles et dés lors il est impensable que ses membres hommes ou femmes puissent tisser des liens solides et interagir, ils n’ont plus d’espace pour se reconnaître.

 

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15.03.2008

Pourquoi des chansons ?

Des chansons dans un blog à caractère politique:

pour quoi faire ?

 


La musique est un vecteur d'émotions efficace. Elle touche plus les gens que les textes d'analyse, qu'une petite minorité de gens prendra le temps de lire.

 

Le système médiatique-marchand ne met en avant que ce qui se vend – le plus souvent de la merde- et tait le reste. Nous sommes sans cesse inondés de nouveautés qui, sans tarder, tombent dans un oubli mérité.

 

A l'opposé de cette logique, nous mettons à la disposition de tous des chansons qui vont dans le sens de ce que l'on avance dans ce blog et qui selon nous, ne doivent pas se perdre.

26.02.2008

Lettre d'un camarade travailleur adressée à l'équipe du Coup de main

 

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« Je travaille beaucoup et je gagne peu. Je n'ai plus le temps de m'occuper de mes proches comme je le souhaite.

Les factures pleuvent, et moi, toujours et encore je me sacrifie au travail.

Je suis docile afin de ne pas déplaire à mon patron et ainsi conserver un revenu qui malgré moi m'est devenu si précieux.

 

A plusieurs reprises j'ai déménagé: appartement trop petit, trop moche, trop cher, trop loin, voire tous les ingrédients réunis.

 

A chaque fois, j'ai dû couper les liens que j'avais tissés avec mes voisins du quartier.

Là où j'habite, je ne connais plus personne.

 

Mon pouvoir d'achat s'est rétréci mais peu m'importe. C'est ma vie en soi qui s'est appauvrie.

Je n'ai plus d'existence sociale en marge de mon travail.

 

Je ne veux plus me taire, je ne veux plus subir. Je veux agir.

Je veux me réapproprier mon quotidien. Le maîtriser.

 

Je ne veux pas fuir et rejoindre les frontaliers pour payer moins.

Je suis ici chez moi car j'y suis né et j'y ai grandi.

Je préférerais squatter, ne pas payer et me faire expulser, plutôt que de m'enfuir et laisser la situation se détériorer.

Je ne veux plus être un spectateur de mon quotidien.Mon quotidien devrait être mon oeuvre.

 

Si l'économie impose partout ses règles au détriment de toutes valeurs et de toute morale, elle m'est hostile. Je dois donc la combattre.

 

Seul je ne peux rien faire. A l'heure où tout un chacun s'est retranché dans sa sphère privée, j'ai besoin de retrouver un collectif. »